Art moderne et flipper : les jeux dessinés par Jerry Kelley

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ballystic
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Message par ballystic » sam. 10 07, 2004 21:09

Sur le site, chacun trouvera une foule de références, de détails
techniques et d'astuces indispensables pour faire revivre ou pour
entretenir nos chers jeux, mais encore bien peu de choses sur un de
leurs aspects essentiels: leur esthétique.<br><br>

On passe le seuil d'un bistrot en quête d'un flipper à la hauteur de nos
espérances. Qu'est-ce qui nous attire en premier lieu ? Sa glace et son
apparence extérieure, bien sûr. La qualité du jeu se découvre ensuite,
une fois que la machine nous a "'happés"' grâce à son dessin. Alors, pour
rendre un début de justice aux illustrateurs qui ont fait des flippers
les objets d'art qu'ils sont, je vous propose donc un premier portrait
d'un dessinateur parmi les plus originaux, à la production modeste par
la quantité mais qui en peu de jeux a contribué à changer l'art du
flipper.<br><br>

La beauté est dans l'oeil de celui qui regarde. Ainsi, en matière de
flippers mécaniques, la plupart des amateurs préfèrent les dessins des
Gottlieb signés par Roy Parker (jusqu'au milieu des années 60), puis par
Gordon Morrison: un style classique de bande dessinée bien rond, avec
des pin-ups toutes en formes. Mais un style qui, comme souvent pour le
dessin des flippers, accusait un retard de vingt ans sur les progrès du
graphisme dans d'autres domaines. Prenez par exemple le Rocket Ship de
1958, dessiné par Roy Parker: avec son homme de l'espace en casque à
pointe et sa fusée à boulons, on le croirait sorti d'un épisode de la BD
Buck Rogers d'avant-guerre. (Même chose près de deux décennies plus tard
avec le Target Alpha dessiné par Morrison, toujours pour Gottlieb). En
1958, la BD, l'illustration pour les magazines ou le dessin de publicité
avaient tous évolué bien au-delà de ce style.<br>
Le style Gottlieb s'était pourtant imposé comme le standard de
l'industrie, offrant au constructeur la première place dans le coeur des
joueurs. (Pour ma part certains jeux dessinés par George Molentin pour
Williams me semblent infiniment plus raffinés.)<br><br>
<img src=redactor/jeanmanchette/jkelley.jpg align=left width=150>
Mais en 1964, un jeune dessinateur nommé Jerry K. Kelley entre à l'essai
chez Williams à Chicago pour y dessiner des bowlings, puis des flippers.
Il signe un premier flipper au thème classique (la plongée), mais au
traitement tout différent de celui que l'on voit sur les autres jeux du
moment: Pot'o'Gold (65). Sur la glace: dans des dominantes bleues, une
virevoltante ronde de plongeurs sous-marins stylisés approchant d'une
épave éventrée au milieu de requins hostiles (c'est Fathom avec 25 ans
d'avance ;-). Sur le plateau, dans des tons de vert, les plongeurs
poursuivis par des requins slaloment au milieu de poissons exotiques, de
cibles fixes et de passages couverts. La révolution n'est pas dans le
sujet (Reserve de Williams, par exemple, abordait dejà le thème de la
plongée quatre ans plus tôt) mais bien dans le traitement.<br><br>

Visiblement influencé par les maîtres de la peinture cubiste des années
1910-1925, comme Braque, Fernand Léger ou Picasso, Kelley a choisi un
style géométrique, presque abstrait. Avant lui, personne n'avait
appliqué ce style au flipper. Comme le dit Russ Jensen, "'Jerry Kelley
est le premier à avoir apporté l'art moderne au flipper"'.<br><br>

L'approche anguleuse de Kelley se retrouve aussi un peu plus tôt chez
quelques dessinateurs de BD du milieu des années 50 comme Berni
Krigstein, un des piliers des célèbres comics d'horreur de la marque EC,
ou chez des illustrateurs de livres de poche comme Richard Powers. Mais
comme dans le cas de Kelley, ce sont souvent des tentatives trop
radicales ou expérimentales pour être bien reçues par le grand public.<br><br>

Les deux autres flippers de Kelley pour Williams sont tout aussi
notables. Beat Time (1965) l'est surtout par son côté anecdotique. Le
jeu, un clin d'oeil à la mode des chanteurs yé-yés, montre un groupe de
quatre jeunes musiciens à la coupe bol massacrant leurs instruments. A
leurs pieds, des admiratrices énamourées se pâment. La parodie des
Beatles est évidente, puisque le nom du groupe qui apparaît sur la
batterie était initialement "'The Beatles"' mais fut changé en "'The
Bootles"' pour éviter des problèmes de copyright. Graphiquement, le jeu
est un des moins saisissants dessinés par Kelley, même s'il est amusant.
Le plateau, orné de deux grandes silhouettes de danseuses, reste simple.
<img src=redactor/jeanmanchette/agogo.jpg align=right width=300>
A-go-go (1966) est en revanche un feu d'artifice de mouvement, de formes
géométriques et de couleurs. Des danseurs à l'allure très "'beatnik"'
tourbillonnent au milieu de coupes de champagne et de bulles colorées,
l'air transportés (leur état serait-il dû à la consommation de quelque
substance que la morale réprouve ?). Comme sur le Pot'o'Gold, les flancs
du jeu sont ornés de silhouettes géométriques à la tête ronde et aux
corps tout en angles.<br><br>

Au chapitre des bowlings, Kelley pratique d'entrée l'abstraction encore
plus ouvertement sur plusieurs jeux sortis sous marque United/Williams.
La firme United, spécialisée dans les bowlings à boule ou à palet
("'shuffle alleys"') et leader de ce marché, est rachetée en 1964 par
Williams, qui conserve le label United, réputé pour la qualité des ses
jeux. Mais les dessinateurs-maison de chez Williams sont aussitôt mis au
travail pour moderniser l'aspect des jeux United, rompant avec le style
traditionnel des jeux précédant le rachat. Ainsi, les bowlings de
Kelley, tous de la période 1964-65, tels que Tornado, Futura, Matador et
quelques autres poussent très loin ce qu'il était possible de faire à
l'époque en matière de dessin stylisé.<br><br>

Tornado, par exemple, traduit le thème de l'ouragan par une ribambelle
de personnages stylisés fuyant la menace de la tempête qui se lève. Les
flancs du jeu emploient un motif de cactus sur fond jaune désert pour
situer la scène: on se trouve à l'évidence dans l'Oklahoma Dust Bowl,
berceau des grandes tornades américaines. Une idée brillante de Kelley a
été de déplacer tous les compteurs, traditionnellement présents sur le
fronton bas du jeu, sur la glace du fronton haut. Cela libère tout un
espace horizontal désormais utilisable uniquement pour l'illustration,
sans pour autant toucher à la fonctionnalité du jeu.<br><br>
<img src=redactor/jeanmanchette/matador.jpg align=left width=200>
Les autres bowlings de Kelley appliquent le même système d'abstraction à
différents thèmes. Futura, Matador ou la combinaison billard/palet Bank
Pool se contentent par exemple de lettrages modernistes et de
silhouettes géométriques.<br>
Kelley signe enfin un de ses plus beaux jeux
avec un dernier bowling au dessin plus illustratif : Amazon, sorti fin
1965. Sur ce jeu, une belle chasseresse vêtue de peaux de bêtes et
accompagnée d'un léopard tenu en laisse s'avance dans une jungle aux
couleurs éclatantes. Les flancs du jeu s'ornent de motifs de piranhas et
de lances indiennes dans des tons de vert et de rouge. L'effet produit
est spectaculaire.<br><br>

L'année suivante, Kelley cesse sa collaboration avec Williams pour
travailler uniquement chez Bally. C'est là que son talent va
véritablement exploser. Kelley y est appelé à la rescousse dès 1963 pour
assurer le dessin de la machine à sous que le directeur de la société,
Bill O'Donnell, avait décidé de produire pour 1964. Bally avait décidé
de se baser sur un modèle de l'année 1947 pour la mécanique et le dessin
du jeu : cette machine aurait eu un look épouvantablement rétro pour son
époque. Sans l'intervention de Kelley, la 'Shadow Box', ainsi que l'on a
appelé le look de
cette série de slots n'aurait pas existé et Bally aurait certainement
vendu beaucoup moins de machines à sous.<br><br>
<img src=redactor/jeanmanchette/futura.jpg width=200 align=right>
Dans les années qui suivent, les bandits manchots de Kelley se
succèdent, le dessinateur leur apportant divers petits aménagements de
style. Vers 1966, Bally va faire preuve à l'égard de Kelley d'une
certaine ingratitude. Les responsables de la firme considèrent que
rémunérer un designer pour des machines déjà pré-vendues avant même
d'être fabriquées coûte de l'argent pour rien et font quitter la
division Gaming à Kelley pour le réorienter vers la division Pinball.<br><br>

Bally a jusque là créé des jeux réussis sur le plan esthétique, riches
de belles couleurs et jouant sur l'asymétrie des plateaux (politique
décidée par les dirigeants de Bally après leur premier flipper Moon Shot
de 63, copie presque exacte du Tropic Isle, pour présenter une
alternative à la symétrie pratiquée par Gottlieb sur les plateaux de
tous ses jeux). Les Ballys sont ornés de dessins principalement dûs à
George Molentin (style élégant et sérieux) ou Art Stenholm (style
humoristique). Mais aucun flipper Bally n'a encore vraiment percé, et la
marque reste attachée aux bingos qu'elle fabrique depuis trente ans.
Kelley va offrir son premier grand succès à la firme de Belmont Avenue
dans le domaine du flipper grâce à un jeu révolutionnaire: Capersville.<br><br>

'Mon premier jeu pour Bally a été Capersville, raconte Kelley dans le
livre Pinball Art. Le jeu se vendit à un chiffre record de plus de 5000
exemplaires, comparé aux 600 à 800 qu'ils produisaient habituellement.
<img src=redactor/jeanmanchette/capers.jpg align=left width=200>Cela les a beaucoup excités, mais j'avais dû lutter pied à pied avec eux
pour le leur imposer. Ils ne comprenaient rien au principe et trouvaient
même que le nom Capersville n'avait aucun sens.' Définition de
Capersville: un 'caper', c'est une affaire à résoudre, un gros coup sur
lequel la police enquête. Capersville, ou la ville des crimes
mystérieux... mais c'est une ville du futur, où les deux détectives (un
homme et une femme) représentés sur le fronton mènent l'enquête. Ils
sont cadrés en plan rapproché, contrairement à ce qui se pratiquait le
plus souvent sur les glaces de flipper où les personnages étaient
presque toujours en pied. Sur le plateau, une poursuite sous-marine a
lieu, où se coursent plongeurs et vaisseaux volants ou amphibies. Le
souci de la géométrie est présent sur tous les décors de plateau. A part
les flancs ornés des silhouettes familières à tête ronde et corps
anguleux, les coloris sont plutôt sombres: bleus foncés, verts foncés et
noir, encore une rupture avec les choix habituels des dessinateurs de
flippers. L'ensemble de ce jeu 4 joueurs offre un aspect en totale
rupture avec ce que l'on voyait jusque là: il est adapté à l'époque
pleine de changements du milieu des années 60.<br><br>

Le jeu lui-même était très sophistiqué, avec le premier multiballe à 3
billes de l'histoire du flipper, deux soucoupes de capture, un couloir
de capture progressive où chaque tir réussi faisait descendre la bille
d'un cran vers un éjecteur, un double système de bonus et un compteur
spécial où, selon que le "'code"' révélait un cercle, une croix ou un
carré, on marquait différents bonus supplémentaires. Comme tous les jeux
Bally dont Kelley réalisa le dessin, il était conçu par Ted Zale et
équipé de zipper-flippers, mécanisme activé lorsqu'on touchait une
cible-champignon précise, qui rapprochait les flippers de manière à
empêcher la bille de sortir au centre. (En tout 18 jeux Bally
comportèrent un zipper, dont les 9 dessinés par Kelley.)<br><br>

Capersville était une véritable innovation, tant sur le plan esthétique
que sur celui du jeu. Ce fut un triomphe pour Bally qui en fabriqua
5120, soit trois à quatre fois plus que la production habituelle de ses
flippers. Kelley allait pouvoir continuer son travail et il ferait bien
vite des émules. Mais ce premier jeu Bally resterait aussi le plus grand
succès de sa carrière.<br><br>

<img src=redactor/jeanmanchette/dogies.jpg align=left width=200>En 1967, Kelley reprend l'univers de Capersville pour Wiggler, autre 4
joueurs qui met en scène une cambrioleuse-acrobate en combinaison
collante poursuivie par des policiers sans visage. Là encore, les
pirouettes sont de rigueur: l'acrobate est suspendue tête en bas au bout
d'une échelle de corde reliée à une véhicule volant. Le jeu est du même
niveau de complexité que Capersville: trous de capture, multiballe, etc.
La dominante de couleur, violet avec des touches de jaune, en fait
encore un jeu sombre et très distinctif. Le visage de l'héroïne rappelle
celui de la chasseresse de l'Amazon. Wiggler reste un des plus étonnants
flippers de science-fiction jamais créés.<br><br>

Les deux autres jeux que Kelley signe la même année sont tout aussi
remarquables. Dogies (67, 4 joueurs) montre un 'stampede', ou ruée de
bétail affolé, au milieu du désert américain dans des tons rouge vif et
jaune. Les bêtes se ruent directement vers le joueur, désarçonnant au
passage un malheureux cow-boy. L'ensemble est explosif. 'J'étais très
fier de ce jeu, a dit Kelley à Terry Cumming, il communiquait un vrai
sens du mouvement.' En effet, on dirait que le bétail va vous sauter au
visage. Le thème western se retrouve sur le plateau et dans la
conception du jeu, qui consiste à ouvrir une série de portes conbtrôlant
des passages à travers lesquels on doit guider la bille, comme on
guiderait un troupeau à travers des canyons successifs. A ce principe
s'ajoute un bonus spécial 'jus de cactus'.<br><br>

Le premier jeu de l'histoire du flipper ayant pour thème la préhistoire
lui est dû: c'est Rock Makers (fin 67, 4 joueurs). Sur la glace, des
hommes des cavernes s'activent dans une sorte de mine volcanique sous le
regard d'un inquiétant brontosaure. Sur les flnacs, l'éruption d'un
volcan projette des pierres dans les airs. La dominante est cette fois
violette, verte et pourpre, le style exagéré évoque une version sous
acide de la famille Pierrafeu.<br><br>
<img src=redactor/jeanmanchette/rock.jpg width=300><img src=redactor/jeanmanchette/gator.jpg width=300><br>
1968 lui offre une grande année avec cinq jeux pour Bally. On retrouve
l'ambiance de forêt vierge du bowling Amazon dans le dessin du Gator
(68, 4 joueurs), renommé Alligator pour sa version allemande (la plupart
des jeux Bally de l'époque 66-68 en ont eu une). Le jeu illustre une
chasse au crocodile dans les bayous de Louisiane. Le plateau vert pâle
représente la surface du marécage vue de très haut, parsemé de très
petites silhouettes (un autre point de vue très rare dans les flippers):
les alligators féroces et leurs chasseurs. Sur la glace, un couple
attaqué par les sauriens affamés trouve refuge in extremis dans un arbre
tandis que des toucans s'envolent, effrayés. La scène, à dominante verte
et bleue, est aussi explosive que celle de Dogies.<br><br>

<img src=redactor/jeanmanchette/cosmos2.jpg width=200><br>Cosmos (68, 4 joueurs) est lui aussi une réussite totale sur le plan du
dessin. Sa glace bleue presque monochrome dépeint une vue en Cinémascope
de l'espace et de la surface de la lune vus d'une station orbitale. Les
compteurs sont intégrés à des astronefs. Au loin, la terre luit
faiblement; à chaque fois que l'on réussit une séquence de jeu, une
petite bille captive fixée sur une orbite immuable décrit une révolution
autour du globe. Sur le plateau assez dépouillé et dépourvu de tout
personnage humain, trois vaisseaux spatiaux sont lancés dans une course
vers Mars, Venus et la lune. Trois séries de petits boutons rollover
décident lequel complètera son chemin le premier. Les plastiques noirs
et bleus du plateau masquant un trou de capture, sont encore
géométriques et abstraits. L'atmosphère futuriste de la conquête
spatiale a rarement été aussi bien rendue sur un flipper.<br><br>

<img src=redactor/jeanmanchette/surfers2.jpg align=left width=200>Trois autres flippers dessinés par Kelley et dont le design est toujours
dû à Ted Zale sont moins notables sur le plan de la conception du jeu,
mais tout aussi valables au niveau du graphisme: Surfers (67, 1 joueur)
où les bonus s'affichent dans des ballons colorés au milieu de nageurs
et de filles en bikini, Minizag (68, 1 joueur) qui reprend le thème du
groupe yé-yé et de la discothèque et dans un climat proche de Beat Time,
et enfin Joker (68, 4 joueurs) montrant à nouveau des danseurs et des
formes géométriques qui ne dépassera pas le stade du test marketing et
les 110 exemplaires produits, car il s'avère impopulaire auprès des
joueurs.<br><br>

C'est pourtant sur l'éphémère Joker qu'apparaît pour la première fois le
nouveau logo de Bally créé par Kelley, un logo qui lui en revanche
restera dans les mémoires:<br>
l'Arlequin jongleur, silhouette abstraite qui
ornera tous les jeux de la marque de juin 1968 jusqu'au Kiss sorti en
1979. Kelley créera aussi au même moment pour Bally une sculpture
électrique monumentale intitulée 'Arlequin', en aluminium, plastique
coloré et tubes de néon, qui restera accrochée sur la façade de
l'immeuble Bally de Belmont Avenue jusqu'en 1991.<br><br>
<img src=redactor/jeanmanchette/arlequin.jpg align=right>
Kelley dessine également au moins une machine à sous pour Bally, et
peut-être davantage. Je n'ai de certitude à ce sujet que pour la "'Money
Honey"' qu'il crée en 1968. Le style géométrique en est clairement
reconnaissable, et notre ami Guy "'Ballyman"' Cavé m'a communiqué la photo
de Kelley en compagnie de son jackpot.<br><br>
<img src=redactor/jeanmanchette/jkelley.jpg align=left width=150>
Le style de Kelley influence bien évidemment son prolifique collègue
Christian Marche, qui reprendra ce style à son compte chez Bally et chez
Williams. Marche deviendra vite le plus grand représentant du style
"'anguleux"' par le simple nombre des jeux qu'il dessinera dans cette
veine. Artiste versatile et infatigable, il peut adapter son dessin à
toutes sortes de styles. Celui de Kelley lui fournira la matière de
nombreux jeux, y compris le Sea Ray (et sa version 4 joueurs Mariner)
qui reprend des thèmes de Capersville comme le "'sea ray caper"' et sera
de ce fait parfois attribué de façon erronée à Kelley (la liste des jeux
qu'il a dessinés est fournie par Kelley lui-même et élimine du coup tous
les autres qu'on lui a attribués). Marche utilisera le style "'anguleux"'
pour de belles réussites sur le plan graphique, comme Jolly Roger (67),
Smart Set (69) ou OXO (73), mais aussi comme une facilité un peu
systématique et beaucoup moins bien maîtrisée lors de tentatives
franchement malheureuses ou caricaturales (la liste en est longue). On
verra aussi l'influence de Kelley sur Constantino Mitchell dans un jeu
comme Expressway chez Bally.<br><br>

A travers Christian Marche, les dérivés affadis du style de Kelley
allaient dominer l'esthétique Williams jusqu'au milieu des années 70.
Entre temps, Jerry Kelley avait vogué vers d'autres horizons. Qu'a t-il
fait après 1968 et son départ du monde du flipper ? Nous l'ignorons,
si ce n'est qu'il conçoit et dessine un gadget mécanique à ultra-sons
qui préfigure la télécommande moderne: le "'Switch-it"' (voir photo).
L'appareil sera fabriqué à l'époque mais seulement commercialisé près de trente ans plus tard comme une curiosité. Sans doute a-t-il choisi par
la suite la voie de l'illustration commerciale ou de la publicité, qui
semblaient plus adaptés à accueillir son sens de l'innovation.
Kelley a terminé sa vie toujours à Chicago, ville qu'il a apparemment beaucoup aimé, et a fait parfois de trop rares apparitions dans les
conventions de flippers américains. On a su qu'il racontait avec plaisir
une foule d'anecdotes fort drôles sur l'industrie du jeu. La photo la
plus récente qu'on aura vu de lui le montrait en effet très souriant.
Aujourd'hui, dans les casinos, le "'Look Kelley"' est à nouveau en vogue
pour les bandits manchots, et si les machines sont plus larges qu'en
1964, le style est bien là.<br><br>

Sa disparition toute récente, le 8 septembre 2002, survenue à Chicago, que nous avons apprise de Russ Jensen, nous laisse orphelins d'un grand du design de flippers: dessin du premier multiball, style nouveau des jeux des années 60, dépoussiérage des flippers à une époque où ils ronronnaient un peu trop... En douze jeux seulement, Jerry Kelley a redéfini ce qu'il était possible de faire en matière de dessin pour les flippers.
Les jeux de Kelley, avec leur graphisme radical, ne sont pas du goût de tout le monde. Mais c'est une bonne chose car en conséquence leur côte reste assez modeste par rapport aux Gottlieb les plus recherchés. Ils restent avant tout de beaux exemples de ce que l'originalité d'un créateur hors normes a pu apporter au monde du flipper.<br><br>

Si cet article vous a intéressé, faites-le moi savoir svp et je tâcherai
de poursuivre la série. Si vous souhaitez vendre un jeu dessiné par
Kelley, contactez-moi. Et toutes vos informations supplémentaires ou
contacts sur Kelley et les autres dessinateurs de flippers seront les
bienvenues. Merci à tous et bon jeu.<br><br>

Jean (ballystic@club-internet.fr), avec le concours de Guy "'Ballyman"'
Cavé
Capersville, Wiggler, A-Go-Go, OXO, Smart Set, Suspense, Travel Time, Solids n Stripes, Post Time, Magic City, Strange World.

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Message par Papo06 » lun. 09 07, 2007 16:37

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Message par damien d. » mar. 10 07, 2007 14:21

Heu, pourquoi cet excellent article n'est il pas, justement, dans les articles? :?):
Damien D. - centinex.wizard@gmail.com

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Message par fred_c » mar. 10 07, 2007 15:41

Oui pourquoi ? ::)):

Damien, tu peux pas le mettre en tant que modo ?

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Message par damien d. » mar. 10 07, 2007 15:48

Nope, je suis modo uniquement sur PIN² et PAW.

Et puis c'est une belle preuve de ségrégation anti-pointy peoples que cet article soit relégué ici!
Vous voyez, hein! On vous l'avait bien dit! :,): ::)):
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Message par ax879456 » mar. 10 07, 2007 18:41

c'est fait ....

:-*:

axelle -une vraie modo ::)): -

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Message par damien d. » mar. 10 07, 2007 18:55

Encore un exemple de ségrégation! Je suis demi-modo tout ca parceque j'aime bien Christian Marche!!!!!!!! ::)):
Damien D. - centinex.wizard@gmail.com

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Message par medusa » sam. 14 07, 2007 15:25

je croyais avoir répondu, j'ai du confondre :oops:

Si cet article vous a intéressé, faites-le moi savoir svp et je tâcherai de poursuivre la série

absolument, même si apparemment la demande semble réduite dès qu'il s'agit d'autre chose que Gottlieb (que j'aime bien aussi, d'ailleurs - là n'est pas la question :D :D ) - raison de plus :x24:

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wow

Message par alain91 » sam. 14 07, 2007 16:06

Genial l'article ! :x24:

ballystic, please shoot again !.. :x26:

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Message par ballystic » sam. 21 07, 2007 22:01

Merci à Axelle et à Damien, aux amateurs de Kelley, et à ceux qui ont fait quelques compliments sur ce texte, ce qui me touche beaucoup. :-%:

C'était ma 1ere contribution au site, en 2001 je crois, je l'ai un brin révisé l'année suivante et puis je n'y ai plus touché, et de ce fait, je n'avais même pas osé m'insurger contre son absence dans la liste des articles; Merci donc d'avoir réparé ce grand tort :wink:

Toutefois, le texte date un peu et il faudrait le réactualiser, par exemple quand je l'ai écrit à l'origine en 2001, j'ignorais complètement le système de l'agence de graphisme qui fournissait toutes les marques, :?): et je croyais que chaque fabriquant avait sa propre équipe de dessinateurs. Il y a des petites choses comme ça à corriger, et puis j'ai maintenant beaucoup d'autres images meilleures du travail de Kelley qu'à l'époque, puisque j'ai eu chez moi tous ses jeux à l'exception de MiniZag (et même le Joker fabriqué à 110 exs).

Quant aux autres articles potentiels sur Christian Marche, George Molentin ou LeRoy Parker, et quelques autres dessinateurs, ils restent bien entendu à écrire. J'ai un peu baissé les bras devant le boulot de recherche à faire car les infos sont rares, les interviews encore plus. Il faudrait quelqu'un qui a davantage de contacts que moi avec le milieu des grands anciens du flipper aux USA pour mener à bien la tâche... :|

Je trouve en tout cas que de manière générale, cet aspect graphique des flippers, qui est pourtant crucial dans l'attrait des jeux, est souvent trop délaissé dans les débats du site.

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